
Paul ROBIN
(1837-1912)
(Militant du mouvement néo-malthusien)
Né en 1837. Membre un temps de la Première Internationale et toute sa vie sympathisant libertaire, Paul Robin est connu comme lun des fondateurs de la pédagogie moderne : il a, le premier, mis en pratique, de 1880 à 1894, les principes de léducation intégrale sur une assez grande échelle, à lOrphelinat Prévost de Cempuis (Oise).
Mais il est aussi lintroducteur en France, et un de ses plus ardents propagandistes, du néo-malthusianisme. Pour lui, lémancipation sociale des plus défavorisés et l'épanouissement personnel des hommes et des femmes - surtout des femmes - passent obligatoirement par le contrôle de la natalité, car seul un enfant désiré et élevé dans des conditions matérielles et morales suffisantes peut devenir un homme libre et responsable. Féministe, il prône la liberté de la maternité dont le choix doit revenir obligatoirement à la femme, qui doit aussi avoir la faculté de choisir son compagnon. Dans les dernières années de sa vie, il envisage même de créer une Ligue anti-esclavagiste pour l'affranchissement des "filles".
Derrière ce désir d'émancipation, on constate le souci de la régénération de la société. Pour Robin, la multiplication de ceux qu'il qualifie de "dégénérés", quil impute à l'imprévoyance parentale habituelle dans les couches les plus pauvres et les plus ignorantes de la population, est un danger pour l'humanité. Pour y remédier, il préconise des mesures strictes de sélection et de stérilisation. Ainsi, au-delà de son intérêt pour les questions de dégénérescence, d'hérédité et de sélection artificielle, qu'il partage d'ailleurs avec une partie du corps médical français de l'époque, on retrouve sous cet aspect particulier le souci, déjà rencontré au cours de l'expérience de Cempuis, de réunir les conditions favorables à l'éclosion d'une nouvelle génération de citoyens, "sains, vigoureux, intelligents et bons", qui seraient le levier qui renverserait les vieilles structures sociales.
A la tête de la Ligue de la régénération humaine, quil fonde en 1896, Paul Robin, seul et sans moyens, entame une oeuvre de propagande qui rencontre le plus souvent lindifférence, voire railleries et injures. Usant lui-même de provocations multiples, s'appuyant sur la sympathie des milieux anarchistes, il mène pendant près de six ans une action souterraine et sème inlassablement les ferments du néo-malthusianisme dans les milieux les plus divers, socialistes, féministes, francs-maçons, etc.
En 1902, la rencontre avec Eugène et Jeanne Humbert qui prennent en main l'organisation matérielle de la ligue, apporte une impulsion nouvelle à sa propagande : une équipe d'orateurs brillants et populaires - Sébastien Faure, Nelly Rousel, Marie Huot, Jeanne Dubois, etc. - multiplie les conférences publiques. La Ligue de la régénération humaine connaît alors ses plus belles heures.
Mais la rupture survient entre Robin et Humbert et, en 1908, ce dernier fonde son propre groupe de "Génération consciente". Paul Robin saborde alors la Ligue de la régénération humaine, puis choisit, le 31 août 1912, de se suicider.

Sources : Christiane Douyère-Demeulenaere, Paul Robin (1837-1912). Un militant de la liberté et du bonheur, Paris, Publisud, 1994, 478 p.
Auteur de la bibliographie : Christiane Douyère-Demeulenaere