Suzanne MASSON

(1915-1991)

Mouvement pour les villages d'enfants

 

CSuzanne Masson naît à Nancy, le 25 février 1915. Son père, architecte, est décédé depuis six mois, tué sur le front de l'Artois. Son frère Jacques est né à Nancy le 2 mars 1913. En 1916, sa mère Marguerite, fille d’officier, part avec son fils se réfugier à Antibes. C’est une jeune veuve de 26 ans, titulaire du brevet supérieur. En 1920, sa mère s'installe chez ses parents, 21, avenue Mozart, à Paris. Marguerite gagne sa vie en donnant des cours de reliure. Après la guerre, sa mère et ses deux enfants s'installent chez ses parents à Paris. En 1920, sa mère ainsi qu'une de ses tantes, épouse de Maurice Masson, autre jeune veuve de guerre, décident de se consacrer à la résurrection de villages lorrains : Flirey, Essey-et-Maizeray, Noviant-aux-Prés. Elles créent une association, l'Oeuvre des villages libérés, qui reçoit de l'argent et des dons en nature (cochons noirs) des Américains.

Suzanne fréquente le cours privé Benard, situé près de son domicile. Madame Daniélou, une amie de sa famille, fait entrer Suzanne au collège Sainte-Marie de Neuilly, où elle fait toute sa scolarité.

Dès 1925, Suzanne passe ses vacances au manoir du Ris, en Bretagne. Très jeune, elle s'engage dans les Guides de France, où elle noue de nombreuses amitiés. Son frère, à l'âge de 17 ans, rejoint les Pères Blancs comme missionnaire.

Puis, en 1935, Suzanne fait des études aux Beaux-Arts de Paris afin de devenir sculptrice. Une bourse d'études lui étant refusée, elle mène conjointement ses études et son travail : elle gagne sa vie comme dessinatrice dans une agence de publicité, les ateliers ABC.

A cette époque, elle habite avec sa mère rue de l'Université, dans l'appartement où sa mère a ouvert son atelier de reliure. Les expositions organisées par sa mère ont beaucoup de succès. Une élève de sa mère emmène Suzanne passer un mois à Rome.

En 1939, la guerre arrive, qui la prive de son emploi. Elle se porte volontaire pour diriger un préventorium marin en Bretagne, où elle est confrontée à la situation dramatique des enfants orphelins.

En 1940, elle suit les cours de la Résidence sociale de Levallois-Perret pour obtenir le diplôme d'assistante sociale. Elle rencontre Blanche Sirodot, qui lui propose la direction de Ker Bugale, qu'elle refuse.

Elle part en vacances au manoir du Ris. De retour à Paris, elle rencontre successivement Monsieur Poindron, directeur du Bureau des œuvres catholiques, Madame Vinay, inspectrice des œuvres de bienfaisance à la Préfecture de la Seine, et Monsieur Mirabaud, qui lui propose de l'aider en l'introduisant au ministère de la Santé.

En juin 1943, Suzanne rencontre le père Duval, aumônier des Guides de France, qui dirige l'association Les Orphelins d'Auteuil. Suzanne lui fait part de son projet d'ouvrir une maison pour accueillir les orphelins. Le père Duval lui donne 300 F pour commencer son action en louant une maison à Levallois-Perret, 67, rue Anatole-France.

Elle trouve cette maison, propriété du Dr Bazalgette, sur l'indication de Mathilde Girault. Cette maison est assez délabrée. Le loyer annuel est de 20 000 F. Suzanne accueille une douzaine de jeunes garçons à partir du 1er novembre 1943. Ce lieu devient l'association Notre Maison. Ayant fait ses études à Levallois-Perret, Suzanne y connaît des personnes qui lui prêtent main forte : ainsi, un médecin du dispensaire de Levallois-Perret vient donner gratuitement des soins aux enfants.

En 1945, elle prend contact avec Jenny Aubry-Roudinesco, médecin formé aux techniques psychanalytiques, qui forme une vingtaine de médecins et de thérapeutes sensibilisés aux problèmes de l'enfant traumatisé car séparé de sa famille. Jenny Aubry-Roudinesco est à la tête d'un établissement d'aide sociale situé dans le XVIe arrondissement, la Fondation Parent de Rosan, où Suzanne se rend souvent.

En 1946, Bernard Descamps, étudiant à l'Ecole des hautes études commerciales (HEC), école alors située près de Levallois-Perret, propose de venir l'aider, ainsi que certains de ses condisciples d'HEC. Suzanne Masson et Bernard Descamps se rendent en Hollande chez sœur Imelda, qui est en train de créer un village d'enfants orphelins. Ils se rendent aussi en Autriche, à Imst près d'Innsbrück.

En 1958, Suzanne Masson fait construire par l'architecte Jean Heckly des pavillons pour recevoir des enfants à Cesson, en Seine-et-Marne. L'inauguration a lieu en 1959. C'est le premier groupe du Mouvement pour les villages d'enfants, terme trouvé par Robert Baboin, un des premiers présidents du conseil de cette association. Six villages sont créés, ayant chacun huit à dix maisons familiales sous la responsabilité de mères éducatrices et de collaborateurs. A partir de1958, à son côté travaille Bernard Descamps, diplômé de HEC, puis ordonné prêtre en 1954, détaché par la hiérarchie ecclésiastique pour s'occuper du secrétariat général du Mouvement des villages d'enfants, poste qu’il occupe jusqu'en 1990.

En 1961, une mesure sociale permet que l'Etat verse une indemnité pour la prise en charge des enfants, ce qui procure davantage d'aisance financière au mouvement.

En 1975, elle est élevée au grade de chevalier de l'Ordre du mérite. Le 28 janvier 1978, à celui de chevalier de la légion d'Honneur.

A partir de 1977, elle se rend trois ou quatre fois par an au Liban et au Cambodge pour prendre en charge des enfants orphelins.

En 1981, elle crée la Fondation Salve, qu'elle préside. Elle permet à des jeunes de vivre dans un cadre familial et de poursuivre des études grâce à des bourses.

Elle décède le 20 mars 1991 à Paris, frappée d'hémorragie cérébrale au cours du conseil d'administration de son association. En 2000, C’est Bernard Descamps qui préside l’inauguration du neuvième village d'enfants, à Soissons. Il veille sur l’association jusqu’à son décès, en 2002.

 

Source : Archives personnelles de Suzanne Masson, dont un document dactylographié intitulé Mamie et un manuscrit de Suzanne Masson : le récit de sa vie, 1991, 100 pages. Masson, Suzanne, Descamps, Bernard, Revivre, le Mouvement pour les villages d'enfants, entretiens avec Georges Hahn, éditions érès, 1987, Toulouse. L'abbé Descamps raconte, récit recueilli par Sonia de Panafieu, 1998.

Auteure de la biographie : Evelyne Diebolt.