Jeanne AUBERT-PICARD
(née 1909)
Première jociste de France puis première présidente de la JOCF.
Née le 6 décembre 1909 dans une famille d'artisans à Poligny-sur-Vaux (Jura). En 1924, après avoir obtenu son certificat d'études primaires. J. Aubert devient dactylo-facturière dans une usine de Clichy. Elle milite aux jeunesses syndicalistes CFTC. Le premier jociste de France, G. Quiclet, jeune comptable, délégué syndical CFTC et proche de l'abbé G. Guérin (fondateur de la Jeunesse ouvrière chrétienne (JOC) en France) lui demande en 1927 de créer la première équipe de JOCF dans sa paroisse, Notre-Dame auxiliatrice de Clichy. Malgré certaines réticences locales, la cérémonie officielle d'affiliation des 25 premières jocistes françaises, dont J. Aubert est la première présidente de section, a lieu le 26 février 1928.
Rapidement, d'autres sections et une fédération se mettent en place dans la région parisienne. Elle devient la première présidente du Conseil fédéral en mai 1928. En juillet, l'abbé G. Guérin lui propose d'être la première présidente générale permanente de la JOCF. Elle accepte, mais travaille au préalable trois mois dans trois usines métallurgiques de la région parisienne afin de mieux s'informer des conditions de vie des jeunes ouvrières.
Le mouvement s'implante rapidement en France et en Afrique du Nord. Les ventes du journal de la JOCF : La jeunesse ouvrière féminine, rendent compte de cette influence : 6000 exemplaires tirés en 1928, 180 000 en 1939. Elle accompagne 1200 jocistes françaises en pèlerinage à Rome en 1934 et participe à l'organisation du Congrès du 10e anniversaire de la JOC au Parc des Princes en 1937, qu'elle préside avec l'abbé G. Guérin* et F. Bouxom.
Vient le temps de la guerre, elle quitte la présidence de la JOC en novembre 1939 pour entrer à la Ligue ouvrière chrétienne (LOC) fondée par des aînés de la JOC pour les adultes qui souhaitent continuer à militer. Mais, dès juillet 1940, l'abbé G. Guérin* lui demande de représenter la JOC aux réunions du secrétariat d'Etat à la Jeunesse de Vichy, avec mission de lutter contre la formation éventuelle d'un mouvement unique de la jeunesse, comme cela était advenu en Allemagne nazie. Afin d'occuper les jeunes chômeuses, de leur donner une formation et de les nourrir à midi, J. Aubert participe à la création en zone libre des "centres de jeunes chômeuses" et à la mise sur pied de trois écoles de formation de cadres de centres de jeunes chômeuses.
En mai 1941, elle épouse F. Picard, vice-président de la JOC dont elle aura quatre enfants. Tous deux entrent au Mouvement populaire des familles (MPF), nouveau nom de la LOC. En 1942, elle lance à Lyon les Aides familiales du milieu populaire et inaugure en 1944 la première école de formation des Aides familiales.
En 1953, J. Aubert-Picard est élue membre du Conseil d'administration de l'UNAF et membre du Conseil économique et social pour y représenter les familles. De 1958 à 1962, elle est en outre chargée de mission auprès du ministère du Logement et de l'urbanisme pour y exprimer les désirs des mères de famille. De 1965 à 1974, date de sa retraite, J. Aubert est également présidente de l'Union française des consommateurs et directrice de la revue Que choisir. En 1990, elle publie un livre rassemblant les témoignages de 800 personnes sur la JOCF des années 1928-1945 : JOC, qu'as-tu fait de nos vies?
Sources : Archives du GRMF, 54 bd Garibaldi, 75014 Paris - Entretiens et correspondance avec Jeanne Aubert-Picard - - Les cahiers du GRMF, 6, Femme, famille et action ouvrière, Pratiques et responsabilités féminines dans les mouvements populaires (1935-1958), sous la direction de G. Dermenjian, Ed. du GRMF, Forest-sur-Marcq, 1990. - JOC, qu'as-tu fait de notre vie? Ed. Ouvrières, 1990. x
Auteur de la biographie : Geneviève Dermenjian - Extrait de :