Henriette Brunhes
(1872-1914)
Elle a créé la Ligue sociale d'acheteurs en France et fait pro‚gresser l'enseignement ménager comme moyen d'éducation populaire.
Née le 28 mars 1872 à Paris, décédée le 11 octobre 1914 à Arcachon. Elle est la fille du consul du Danemark en France : J-E. Hoskier et d'E. Weyer, née à Moscou. Elle est baptisée à l'Eglise évangélique de la confession d'Augsbourg à Paris, mais se convertit plus tard, ainsi que ses sœurs et sa mère au catholicisme. Son père se convertit aussi à la fin de sa vie. Ses sœurs font de beaux mariages, plus modestement, elle choisit de se marier à un universitaire catholique : J. Brunhes, qui deviendra un éminent professeur de géographie humaine au Collège de France. J. Brunhes appartient à la mou‚vance des catholiques sociaux, il est lié avec M. Turmann, G. Goyau et bien d'autres. Ils se marient en 1896 et H. Brunhes met au monde trois enfants en 1904, 1905, et 1909. Jeune mariée, elle se préoccupe du problème de l'alimentation populaire et publie un petit ouvrage - tiré à environ 50 000 exemplaires - qui donne 150 recettes de cuisine à l'usage des ouvriers. En 1897, elle écrit la synthèse sur l'enseignement ménager en Suisse dans un mémoire publié dans la collection du Musée social et prône le développement de l'enseignement ménager en France. Plus tard, en collaboration avec A. Moll-Weiss, elle fait le point sur l'enseignement ménager en France et à l'étranger, l'ouvrage est couronné par l'Académie des sciences morales (prix Blaises des Vosges).
Elle implante en France l'association des "consumers-league" des Etats-Unis. L'idée de cette ligue, née à New-York en 1890, est simple : faire user de leur pouvoir les consommateurs afin qu'ils améliorent la condition des ouvriers et ouvrières. Ainsi, une liste blanche des commerçants respectant les recommandations de la Ligue est établie. Les employeurs doivent donner des salaires équitables, respecter le repos hebdomadaire, diminuer le travail des enfants, ne pas exiger de longues veilles de travail, et donner de bonnes conditions d'hygiène pour la fabrication des produits. En France, la Ligue de Paris est fondée en 1902 sur l'initiative d'H. Brunhes avec un groupe de femmes dont A. de Gourlet avec qui elle a une correspondance suivie et grâce à qui elle rencontre M. Le Fer de la Motte et M-J. Bassot. Citons aussi : Mesdames Moreau, Klobb, Blache, de Contenson et la baronne Brincard. Des hommes appartenant au courant du catholicisme social adhèrent aussi à la ligue comme : M. Turmann, E. Duthoit, R. Jay, P. Cauwès, P. Gemahling, G. Benoît-Lévy, G. Alfassa, G., J. Lerolle, G. Blondel... et, bien sûr, J. Brunhes qui soutient et encourage sa femme dans ses activités d'éducation populaire. à partir de novembre 1904, la ligue commence la publication régulière d'un bulletin qui donne les résultats d'enquêtes menées sur le travail des ouvriers et employés. Les membres de l'association sont en effet formés à la pratique de l'enquête par P. de Maroussen, élève du sociologue E. Cheysson. Une meilleure connaissance de la situation permet aux membres de l'association de faire pression à bon escient. H. Brunhes aide à la mise en place dans d'autres pays de la Ligue sociale d'acheteurs, donne des conférences et publie des études dans le domaine de l'éducation populaire. Elle écrit aussi un livre sur les origines bibliques des idées esthétiques de J. Ruskin sous le titre : Ruskin et la Bible (Perrin, 1902). Elle décède prématurément, sans doute de la tuberculose. A. de Gourlet lui rend un vibrant hommage dans la revue Assistance éducative en 1915 : "Assistance éducative, parce qu'elle eut toujours le souci de mettre ses protégés en état de s'aider, de s'organiser, et de se défendre eux-mêmes. Quand une éducation est achevée, l'éducateur est devenu inutile, c'est la preuve la plus décisive de nos succès'. H. Brunhes voulut toujours se montrer éducatrice de cette façon-là, non seulement près des ouvriers mais aussi près de ses collaborateurs les plus directs'.
Sources : Entretien et consultation des archives privées de Mariel Brunhes-Delamarre, fille cadette d'H. Brunhes, 1994.