Anna Hamilton
(1864-1935)
(Directrice dune association sanitaire et sociale et dune association professionnelle)
N
ée en 1864 dans une famille protestante franco-anglaise. Elle est la fille dune Française, Zulma Pilatte, sur du pasteur Léon Pilatte, fondateur du journal lÉglise libre, et dun aristocrate anglais, Frédéric Hamilton, apparenté à la famille royale. Après une adolescence retirée et consacrée aux tâches domestiques, elle commence des études à 23 ans.Anna Hamilton devient la première étudiante, en novembre 1890, de la Faculté de médecine de Marseille, ville où son cousin le Dr Pilatte exerce. En 1891, elle est reçue première au concours de fin d'année. Mais elle doit interrompre ses études, son père ne pouvant plus payer sa pension. Elle dirige quelques mois le dispensaire des Enfants malades de Marseille, fondé par la comtesse Gilbert de Voisins. Puis elle part pour Montpellier, ville universitaire plus importante, pour y achever ses études. Elle s'aperçoit que soigner et traiter sont deux choses complémentaires, mais que, pour parvenir à conjuguer l'un et l'autre, il faut un personnel formé dans cette optique.
Anna Hamilton décide de faire une thèse sur le personnel soignant des hôpitaux. En 1899, elle peut la commencer. Elle se rend sur place pour connaître la situation réelle dans les hôpitaux de France, de Suisse, dAngleterre et dItalie. Grâce à ce travail d'enquête, nous possédons un document unique sur la vie hospitalière et les pratiques soignantes. Elle la soutient en juin 1900. Sa thèse est publiée sous le titre : Considérations sur les infirmières des hôpitaux. Elle paraît dans une période de débats sur la formation du personnel hospitalier.
Pour démontrer la validité de ses idées, Anna Hamilton décide de prendre un poste qui lui permette de les appliquer, la direction de la Maison de Santé protestante de Bordeaux (MSP). Elle la dirige de 1901 à 1934
Anna Hamilton la réorganise en hôpital-école, en promouvant les méthodes de Florence Nightingale. Cest une nouvelle conception de lhôpital où travaille un nouveau corps professionnel, les gardes-malades "hospitalières" qui, selon les convictions du Dr Hamilton, doivent être l'égale du médecin dans leur spécialité. Les gardes-malades veulent obtenir, pour soigner, une sphère d'autonomie indépendante de celle du médecin qui traite. Pour éviter une relation hiérarchique avec les médecins, il est nécessaire qu'elles soient recrutées dans les mêmes milieux sociaux queux. Anna Hamilton écrit : "C'est lorsque dans une même famille le fils se fera médecin et sa sur garde-malade, que la carrière sera véritablement relevée. "
Les élèves de lécole en forment le personnel encadré par des gardes diplômées et confirmées et suivent 18 mois de stages. Le recrutement de cette école a été qualifié de bourgeois par les administrateurs et les médecins de lassistance publique de Paris par exemple le docteur Bourneville. Quen est-il ? Lorigine sociale des élèves est très diverse, mais lÉcole recrute principalement parmi les classes moyennes. Elles sont 80 % à avoir poursuivi leurs études secondaires. Les élèves sont boursières (60 % dentre elles de 1900 à 1935). Pendant la période de 1900 à 1935, on constate quelles viennent de toute la France, 25 % seulement étant issues dAquitaine. Les familles protestantes y envoient volontiers leurs filles, 16 % sont filles de pasteurs. Les élèves catholiques représentent tout de même 18 % de lensemble. Toutefois, seules 75 % sortent diplômées de la MSP, car la discipline est sévère. Les autres sont renvoyées ou quittent pour des raisons de santé.
Le Dr Anna Hamilton fonde, en juin 1908, une association professionnelle pour faire reconnaître ces revendications, le Conseil national français des directrices d'hôpitaux qui est fondé sur le modèle des associations professionnelles anglo-saxonnes. Il s'inscrit dans le courant féministe des "premières" femmes avocats, "premières" femmes médecins de la fin du XIXe siècle. La création d'une telle association a pour avantage de permettre aux gardes-malades hospitalières françaises de rejoindre leurs collègues étrangères dans une association professionnelle internationale 'International Council of Nurses (ICN). Le premier congrès a lieu en 1899 à Londres. A la suite de la naissance de cette association professionnelle française, le Dr Anna Hamilton peut devenir déléguée pour la France jusquen 1924.
La MSP attire de nombreux visiteurs. Dans un premier temps, des personnalités locales manifestent leur enthousiasme comme le maire de Bordeaux, le Dr Lande. Les femmes présentes au Congrès national dassistance publique et des bienfaisances privées qui se tient à Bordeaux en juin 1903, où le Dr Hamilton fait une communication sur lenseignement infirmier, qui est très controversée par les membres de lAssistance publique de Paris, la visitent, intriguées par cette leçon de choses. Des Anglaises, des Américaines séjournant en France, se déplacent pour visiter les réalisations du Dr Anna Hamilton à Bordeaux. Elles en font de longs récits louangeurs dans la presse professionnelle médico-sociale américaine, très largement diffusée aux États-Unis. En particulier, Miss Adélaïde nutting et Lavinia dock, dans leurs articles publiés sous forme de livre, A History of Nursing, en, 1907.
Avant 1914, lors des laïcisations des hôpitaux municipaux, ses élèves sont appelées à leur direction. D'autres sont à la tête des premiers services sociaux ou duvres analogues. Les diplômées de la MSP vont soutenir dans l'Aisne l'action sanitaire d'Anne Morgan et du Comité américain des régions dévastées (CARD).Citons Alice Bianquis, Madeleine Rives.
Après la Grande Guerre, les nurses américaines se cotisent pour construire un internat pour les élèves de la MSP, à la mémoire des nurses américaines mortes pendant le conflit : lAmerican nurses memorial . Lécole de la MSP reçoit lautorisation de la famille Nightingale de la nommer école Florence Nightingale. A partir de 1919, elle est connue sous ce nom.
Anna Hamilton voit des anciennes élèves Eva Durleman et Thérèse Matter fonder un hôpital-école à Lille en 1923. Le Dr Hamilton participe en 1923-25 à la fondation de la profession d'infirmière, et d'infirmière-visiteuse avec Léonie Chaptal.
Mlle Claire Mignot, sous-directrice de la MSP, étant malade, en 1930, elle fait appel à Mlle Cornet-Auquier pour lui succéder. En juin 1934, Anna Hamilton, atteinte d'un cancer, donne sa démission. Mlle Cornet-Auquier est nommée directrice de l'uvre le 5 juillet 1934. Anna Hamilton, retirée dans le domaine de Bagatelle, décède le 19 octobre 1935.
Sources : Évelyne Diebolt, La Maison de Santé protestante de Bordeaux (1863-1934), Toulouse, Erès, 1989. Évelyne Diebolt, in Geneviève Poujol et Madeleine Romer, Dictionnaire des militants, de léducation populaire à laction culturelle, Paris, LHarmattan, 1996, p.186-187.
Auteur de la biographie : Évelyne diebolt