Virginia Crocheron Gildersleeve

(1877-1965)

Une des fondatrices de la Fédération internationale des femmes diplômées des universités.

Virginia C. Gildersleeve, doyen de Barnard College (Columbia University, New York), fut un leader féministe et politique. Cadette de cinq enfants, dont les deux aînés étaient des garçons, elle survécut à ses deux sœurs plus âgées. L’un de ses deux frères mourut également jeune, la laissant très mûre pour son âge. Ses ancêtres maternels, les Crocheron, étaient des huguenots français émigrés aux Etats-Unis. Ses parents, surtout sa mère, sensible à ses qualités, l’encouragèrent à faire des études supérieures. Elle intégra Barnard College en 1895, à dix-huit ans, démarche exceptionnelle pour une jeune fille de son milieu. Après de brillantes études en sciences politiques et en histoire, elle obtint son Ph. D. en littérature comparée. En 1911, elle devint dean de Barnard (et le resta pendant trente-six ans). Elle fut une personnalité publique, pionnière en matière d’éducation : accès des femmes à l’enseignement supérieur, promotion des relations internationales entre universitaires, soutien à des universitaires étrangères pendant les deux guerres mondiales. À Barnard, elle développa des projets novateurs : elle accorda un congé de maternité payé à ses enseignantes et donna plus d’importance aux disciplines scientifiques et à la culture générale (tout en maintenant le haut niveau scolaire de ses cursus). Recevoir des jeunes filles pauvres ou permettre à celles issues de milieux aisés de vaincre l’hostilité de leur famille pour les études fut un de ses combats. Elle essaya de faire ouvrir, surtout à Barnard, des filières professionnelles, estimant que les diplômées pouvaient, sans perdre leur dignité, exercer un métier. Pendant la guerre, elle essaya de retenir les jeunes filles à l’université plutôt que de les encourager à travailler, même avec un salaire attrayant.

Après avoir suscité la création d’une association des colleges féminins du nord des États-Unis (American Federation of University Women), elle créa en 1919, avec Caroline Spurgeon, la Fédération internationale des femmes diplômées des universités. Elle en assura la présidence à deux reprises. Elle fut aussi présidente de l’American Council on Education. Son amitié pour la France et son désir de voir les Françaises soutenir son action lui inspirèrent le soutien sans faille qu’elle apporta à Reid Hall, à l’AFDU et à l’amitié franco-américaine. Au Moyen-Orient, elle aida à fonder l’ American College for Girls à Istanboul (Turquie) et la Near East College Association.

À partir de 1940, Virginia C. Gildersleeve s’impliqua davantage dans les affaires internationales, d’abord comme présidente du conseil consultatif de WAVES, une unité navale féminine. En participant — seule femme de la délégation américaine à la conférence de San Francisco en 1945 — à la rédaction de la Charte des Nations unies (partie sur les droits de l’homme), elle avait atteint l’apex de sa carrière. Par la suite, au cours d’une mission américaine en Asie, elle participa à la reconstruction du système éducatif japonais.

Elle reçut de nombreuses distinctions et fut plusieurs fois docteur honoraire. En reconnaissance de sa prestigieuse contribution et pour sa fidèle amitié vis-à-vis de la patrie de ses ancêtres, elle fut décorée de la Légion d’honneur.

Auteure : Renée Gérard, extrait de : Nicole Fouché, Renée Gérard et al, " Soixante-quinze ans d’histoire de l’Affdu ", Diplômées, mars 1997, n° 180, pp. 1-76.