Antoinette Butte

(1898-1986)

Commissaire nationale adjointe du Mouvement des éclaireuses

 

Née le 12 juillet 1898 à Lunéville (Meurthe-et-Moselle), décédée le 30 avril 1986 à Pomeyrol (Bouches-du-Rhône). Née d'un père lieutenant des dragons lorrain catholique Henri Butte et de Marie Seltenmeyer alsacienne luthérienne, Antoinette Butte et ses deux soeurs ont été profondément influencées par le père, officier de cavalerie et pédagogue, s'intéressant aux écoles nouvelles (membre fondateur de l'école des Roches), il avait créé en Maine-et-Loire l'école des Chênes verts que la guerre a fermée. Sa soeur Hélène Butte a été Secrétaire de la FFE.

Elle a fait ses études dans une école privée catholique, mais elle a fait sa confirmation à l'église réformée du Saint-Esprit avec le pasteur Samuel Diény. Elles a été ensuite élève au lycée Victor-Duruy. Un mois après la déclaration de guerre, son père fut tué. Après son baccalauréat, elle s'est inscrite à la faculté de Droit. De 1916 à 1920, elle participait, dans le cadre des missions et foyers protestants aux premières initiatives de groupes d'éclaireuses. Principalement, elle a pris contact avec la ''Fédé'' des lycéens et avec la mission populaire ''La Maison verte'', dirigée par l'évangéliste Camille Savary ; elle connaissait le foyer de la rue de Naples où élisabeth Fuchs avait créé un groupe informel inspiré du scoutisme masculin. Elle a été en relation avec Georgette Siegrist et son groupe de la Villette. Elle a entrevu ce que le scoutisme pouvait apporter à des vies d'enfants dépourvus de soutien et a proposé d'organiser une section d'éclaireuses à la Maison verte, encouragée par Violette Mouchon responsable des UCJF de la rue Marcadet. Son expérience au sein d'une famille mixte, catholique et protestante a conforté sa conviction de rassembler les familles spirituelles dans un mouvement oecuménique. Elle a écrit la loi des éclaireuses et le premier manuel des éclaireuses, elle a féminisé en quelque sorte le scoutisme. Un secrétariat fut ouvert au foyer YWCA, confié à Georgette Siegrist.

En septembre 1918, à Nemours, près de Paris, avec des enfants évacués de la capitale sous la responsabilité de Camille Savary, de Violette Mouchon et de Mireille Cooreman future Mme André Philip, au cours d'une discussion passionnée, elle a découvert la présence de Dieu. Sa vie était désormais centrée. Pâques 1920, elle est retournée à Lunéville avec sa famille et a repris ses études de droit ; elle a préparé un doctorat et s'est inscrite comme avocat stagiaire au barreau de Nancy. Elle est sortie déçue de cette expérience; par contre, dans un bas-quartier de la ville elle a fréquenté assidûment l'Armée du Salut. Commissaire nationale adjointe du Mouvement des éclaireuses, elle a pris part à la création de la Fédération française des éclaireuses (FFE) en 1921, au congrès d'épinal. Elle a créé la section Victor-Duruy à laquelle Violette Mouchon s'est inscrite. Cette section devait fournir de nombreuses cheftaines pour les quartiers populaires. Pendant deux ans, elle a du interrompre toute vie active pour un repos complet : temps de solitude et de méditation. En 1923, elle est entrée en contact avec le Tiers-ordre des ''Veilleurs'' du pasteur Wilfred Monod.. Elle a pris aussi des contacts avec des instituteurs laïques et plus particulièrement avec Célestin Freinet et Roger Cousinet. Par sa réflexion et ses écrits, elle a été une des théoriciennes de la Fédération française des éclaireuses et a prolongé son engagement jusqu'à un choix de vie religieuse.

Elle a été vice-présidente de la FFE en 1929 et 1930. De 1924 à 1938, son engagement dans la Fédération a été ponctué de temps de retraite, jusqu'au jour, en 1930, où a commencé l'aventure d'une communauté à Saint-Germain-en-Laye qui n'était pas étrangère à la vie sobre et fraternelle des éclaireuses. En 1938, elle a répondu à la demande de l'association des pasteurs de France, d'être la présidente et la responsable d'une maison de retraite et de rencontres qui se créait à Pomeyrol, non loin de Tarascon, lieu où vont se succéder congrès de lycéens, d'étudiants, de mouvements d'adultes, de formation et d'accueil et de refuge pendant la guerre. En 1950, Antoinette Butte, '' Grand Lama '' chez les éclaireuses, a fondé la Communauté religieuse de Pomeyrol consacrée à la prière, à la retraite et à l'accueil des jeunes. Elle a fait des études de théologie, a écrit et commencé un travail oecuménique. En 1975, elle a laissé la responsabilité de la communauté où elle s'éteindra.

Sources : Marie-Thérèse Cheroutre, in Dictionnaire des militants, de l'éducation populaire à l'action culturelle, L'Harmattan, 1996. - Dictionnaire du monde religieux dans la France contemporaine, tome V, André Encrevé, Les protestants, éd. Beauchesne, 1993. - Anne-Sophie Faullimmel, Les origines de la Fédération Française des éclaireuses (1912-1927) Mémoire de Maîtrise d'histoire, Université Paris IV-Sorbonne, octobre 1995. - Geneviève Jourdain-Lamon, Témoignages sur la Fédération Française des éclaireuses, multigraphié, 997. - Jacques Poujol, Protestants dans la France en guerre (1939-1945), éditions de Paris, Max Chaleil, 2000.

Auteure : Geneviève Poujol, 2003, Un féminisme sous tutelle.Les protestantes françaises 1860-1960. Paris , éditions de Paris.