Odette Goncet

(1931)

Union des ONG établies en France

 

Odette Goncet naît, le 12 septembre 1931, à Maillat, petit village du Bugey, dans l’Ain. Elle est l’aînée d’une famille de six enfants dont une fille, sa cadette de dix-huit ans, est handicapée. Son père, artisan, est à la tête d’une petite entreprise. Sa mère, mariée très jeune, s’occupe de ses enfants tout en assurant le secrétariat et la gestion de l’entreprise. Sa mère nourrit une amertume profonde d’avoir dû interrompre ses études à la fin de la sixième alors qu’elle avait d’excellentes notes : son père, vieille école, considérait qu’il n’était pas utile, pour une fille, destinée au mariage, de conquérir des diplômes. Selon lui le certificat d’études devait suffire.

Dans la famille de son père, on évoque souvent la grande figure de son oncle paternel, très brillant, qui, après avoir été séminariste était devenu officier du Génie, sorti premier de l’école de Guerre, et qui avait été tué le premier mois de la guerre de 1914, à vingt-huit ans. Une bibliothèque entière est remplie de ses cahiers et de ses livres de prix, dont Odette fait sa lecture quotidienne.

Ayant obtenu par concours, à dix ans, une bourse complète, Odette est mise en pension et fait ses études secondaires à Nantua. Elle se présente au concours de l’école normale d’institutrices de Privas, Ardèche, département déficitaire en enseignants. Là elle deviendra la “ fille spirituelle ” de la directrice et de son mari, professeur de français.

Pendant ces études à Privas, sous l’impulsion de la directrice, Denise Legendre, fervente de l’action laïque, Odette accomplit une formation d’encadrement de colonies de vacances auprès des Centres d’entraînement aux méthodes d’éducation active (CMEA), et s’engage dans la vie associative et les mouvements de jeunesse.

Durant huit années, Odette encadre des camps d’adolescents au CMEA et elle assure des patronages laïques le jeudi. Elle apprend à travailler avec des organismes différents : CMEA, Franca, Pionniers des terres unies, Ligue de l’enseignement… Parallèlement, elle fait du théâtre amateur et des spectacles de marionnettes.

Ayant raté l’oral du concours de l’ENS Fontenay, première sur la liste supplémentaire, elle décide de poursuivre ses études de philosophie commencées à Lyon en classe préparatoire. Sa licence obtenue, elle opère une mutation pour les lettres modernes et se passionne pour la littérature comparée. À la Sorbonne, elle découvre, grâce à Etiemble (qui deviendra un ami solide), la Chine et l’Orient philosophique. C’est Etiemble qui l’engage dans une recherche, la première du genre, sur L’influence du Japon dans la formation de l’Orient philosophique. Étiemble la fait alors participer à une série d’émissions “ d’analyse spectrale de l’Occident ” sur saint François-Xavier et le Japon.

Mariée en 1957, elle divorce en 1960. Elle est mère d’une fille, mariée et mère de deux enfants, titulaire d’un DEA de littérature et cinéma.

De 1961 à 1974, Odette, agrégée de lettres, est professeure de lycée. Elle ne suit pas une carrière linéaire. Elle débute à Laon, la ville des débuts de Sartre et de Lévi-Strauss. Puis elle est nommée à Courbevoie. Très vite, elle obtient une mise à disposition à temps partiel puis à temps complet en raison de ses activités associatives. En effet, engagée dans la vie politique auprès des gaullistes de gauche de l’Union démocratique du travail (Capitan, Vallon, Hamon, Billotte), elle est élue secrétaire générale de l’Association pour l’université moderne que préside Léo Hamon. Véritable laboratoire de recherche qui anticipait sur les réformes de 68, l’Université moderne souhaitait ouvrir l’université sur la vie, sur l’entreprise, sur la société économique, et lui faire opérer une véritable révolution copernicienne. De système clos qui s’autoreproduisait, l’université devait sortir et explorer le dehors. C’est ainsi que l’Université moderne a été à l’origine de la création des IUT, a milité pour l’accroissement des échanges internationaux, pour la modernisation de l’apprentissage des langues, pour la prise en compte de l’anthropologie et de l’ensemble des sciences humaines.

Elle s’intéresse aussi à l’éducation préscolaire, à l’école élémentaire, au collège et aux enseignements techniques et professionnels : elle milite pour la formation permanente et voit dans la loi Chaban-Delmas une récompense de ses efforts. Elle participe aux grands débats sur l’idée du collège unique, remis en cause aujourd’hui. De ses années de professorat des lycées, même à temps partiel, Odette garde un souvenir heureux. Et pourtant il avait fallu vivre Mai-68. De son passage au secrétariat général de l’Association pour l’université moderne, elle conserve le souvenir d’années extrêmement fécondes pour la réflexion critique et la gestation de projets philosophiquement politiques. Rédactrice en chef de la revue bimestrielle L’Université moderne, elle garde la mémoire vivante des débats et des recherches d’alors. Pendant la même période, de 1961 à 1974, elle participe aux réunions des mouvements de la “ Gauche Ve ” et, en particulier, au Comité d’étude pour un nouveau contrat social, qu’avait créé et qu’animait Edgar Faure.

En 1974, l’Association pour l’université moderne ayant changé de président et prenant des positions avec lesquelles elle n’est pas complètement d’accord, Odette accepte la proposition qui lui est faite de se présenter au secrétariat général de la Fédération internationale pour l’économie familiale (Fief). Cette proposition lui est faite par le membre français de cette ONG internationale : l’association française pour l’économie sociale et familiale (ESF). Odette y voit un prolongement de l’action entreprise à l’Université moderne : faire reconnaître la formation aux études sociales et familiales par l’université, à l’instar de ce qui s’est passé aux USA, aux Philippines et au Japon. Il s’agit de donner une dignité indiscutable à une discipline si nécessaire à l’amélioration de la qualité de la vie de nos contemporains, en retrouvant l’esprit du vieil enseignement ménager, lequel a fait ses preuves auprès des familles rurales et des familles ouvrières des villes. Elle est élue en 1974 par un conseil international à Nathanya, en Israël. Odette va consacrer vingt ans de sa vie à cette fédération. Elle est mise à disposition par le ministère de l’Éducation nationale, et elle voit là un signe encourageant pour la pleine reconnaissance de l’ESF. Elle devra déchanter car jamais l’ESF ne sera reconnue comme discipline universitaire en France.

La Fief est une puissante ONG, reconnue par l’Ecosoc et l’Unesco. À sa grande époque, elle est présente dans cent dix pays. La Fief initie de nombreux projets dans les pays en développement, et elle est partenaire de beaucoup d’autres en coopération avec d’autres ONG. Elle a un statut consultatif aux Nations unies, auprès du Conseil de l’Europe et de grands regroupements régionaux intergouvernementaux. La Fief réunit de grands congrès internationaux à thèmes tous les quatre ans, chaque fois dans un pays et sur un continent différent. Ces congrès réunissent entre mille et trois mille personnes et des orateurs qualifiés sont invités (pour la France, par exemple, le Pr Leprince-Ringuet en 1975 et le Pr Montagné en 1988). Des conseils se réunissent tous les deux ans dans des pays différents et, le siège étant en France, le comité exécutif et les comités de programme se réunissent tous les ans à Paris. Odette est la rédactrice en chef de la revue l’économie familiale, journal quadrilingue, puis bilingue publié tous les trimestres et expédié partout dans le monde.
Étant devenue visible dans les instances internationales, Odette participe, en 1977, à la création du Comité de liaison des organisations internationales non gouvernementales établies en France (Cloing), puis de l’Union des organisations internationales non gouvernementales établies en France (UOIF). Elle en devient présidente en 1978, elle l’est encore aujourd’hui.

De 1976 à 1980, elle est trésorière du Comité permanent des ONG/Unesco.

En 1982, elle est élue présidente du Haut Collège des experts de l’association internationale Ordinex.

De 1983 à 1996, à sa création, elle fait partie du Conseil national de la vie associative (CNVA) comme membre suppléant. Elle est membre de la Commission juridique et fiscale. Elle représente au CNVA les associations et ONG internationales.

Dans le cadre de ses fonctions, elle participe à de nombreuses réunions internationales organisées sous l’égide des Nations unies. En particulier aux conférences mondiales des femmes : Mexico en 1975, Nairobi en 1985 et Pékin en 1995. Elle fait aussi partie de la délégation française au Sommet de la Terre de Rio de Janeiro en 1993. Elle est l’une des organisatrices des grands congrès de la Fief : Ottawa en 1976, Manille en 1980, Oslo en 1984, Minneapolis en 1990 et Hanovre en 1994. Elle est très active dans les manifestations organisées pour l’année internationale de la famille et recevra un award des Nations unies pour les actions engagées en 1992.

En 1996, elle décide de ne pas se représenter au poste de secrétaire générale de la Fief et de se consacrer à une grande association féminine : L’Alliance internationale des femmes, dont le membre français est le Cilaf, présidé par Marcelle Devaud, ancienne sénatrice. Elle devient déléguée permanente de l’Alliance internationale des femmes auprès de l’Unesco. Durant la même période, très préoccupée par la baisse de l’utilisation de la langue française dans les grandes instances internationales, elle devient membre de l’Association francophone d’amitié et de liaison, au titre de chargée de mission du président, qu’elle représente en diverses circonstances. Elle est membre de droit du bureau de cette association.

À l’Unesco, elle tient pendant quatre ans la présidence du groupe de travail “ Petites filles ”, groupe préoccupé par la non-application de la Convention sur les droits de l’enfant, ainsi que par la non-application des dispositifs anti-discriminations de la Convention contre les discriminations à l’égard des femmes (CEDAW) s’agissant des filles mineures.

D’autre part, revenant à sa vocation première, la littérature, Odette est choisie pour assurer la direction d’un centre culturel international nouvellement créé : le Centre international George Sand et le Romantisme, établi dans un château du Berry à quelques kilomètres de la maison de George Sand à Nohant. Ce centre fonctionne sous forme associative. Sa vocation première, la documentation et la recherche sur le Romantisme, n’a pas été complètement mise en œuvre faute de moyens financiers. George Sand, symbole de la femme libre assurant sa vie quotidienne et celle de sa famille par son travail, symbole aussi de l’esprit républicain et citoyen, paraît à Odette représenter ce pour quoi elle a combattu depuis son adolescence : l’égalité des droits et des devoirs pour les femmes comme pour les hommes.
En 1998, Odette abandonne cette fonction de directrice, qui d’ailleurs ne pouvait être que transitoire.

Actuellement, elle est secrétaire générale de la Section 14 de la Société d’entraide des membres de la Légion d’honneur.

Odette Goncet a siégé au Conseil National de la Vie Associative de 1983 à 1990 et de 2000 à 2003, au titre de représentante de l’Union des organisations internationales non gouvernementales établies en France.

Le 5 janvier 1997, Odette Goncet est faite chevalier dans l’ordre de la légion d’Honneur.

 

Source : Archives personnelles et entretiens.

Auteure de la biographie : Evelyne Diebolt. Biographie publiée dans le livre Femmes d’action, femmes de conviction, publié par Femmes et associations en 2004.