Suzanne BAUMÉ
(1921-)
Fondatrice et directrice de différentes associations psychiatriques
Naît le 3 octobre 1921 à Paris 9ème dans une famille aisée et cultivée. Sa mère, artiste peintre, ayant suivi les cours du peintre Jean-Paul Laurens à l’Académie Julian ainsi que ceux de l’École des Beaux-Arts, est portraitiste et paysagiste, mais aussi professeur de dessin. Son père, membre de la Légion des 1 000, a eu une conduite héroïque pendant la Grande Guerre qui lui a valu d'être décoré de la Croix de guerre 1914-1918 et de la Croix du combattant 1914-1918. Il est également titulaire du Mérite franco-britannique. Il exerce la profession d'assureur conseil. En 1923, la famille s'agrandit, Suzanne a un petit frère avec lequel elle entretiendra des relations étroites. Ayant suivi des études d'architecture, il exerce cette profession.
La formation scolaire de base de Suzanne est assurée à la maison par sa mère. A partir de 1931-1932, elle se rend au cours Hattemer en classe de 7ème une demi-journée par semaine pour le contrôle du travail effectué à la maison. De 1932 à 1937, elle est inscrite au cours Saint-Honoré d’Eylau pour ses études secondaires. Sa famille ayant déménagé, elle suit l'enseignement du cours Montalembert de 1937 à 1939. De 1939 à 1940, du fait de la déclaration de guerre, le cours Montalembert ferme. Elle est inscrite au lycée Camille Sée où elle a comme professeur de philosophie Simone de Beauvoir. En juillet 1939, elle passe avec succès la première partie du baccalauréat A (latin-langue) et en juin 1940, la seconde partie (philosophie) à Libourne. En juin 1941, Suzanne Baumé s'inscrit à la faculté des lettres de Toulouse pour l'obtention du certificat de littérature française, bien que n’ayant pas fait de grec. Elle ne s'est pas senti la capacité de suivre une licence de philosophie, car elle est restée très impressionnée par l’enseignement et la personnalité de Simone de Beauvoir. En novembre 1943, elle est à l'institut d’Études Littéraires de Nice dépendante de la faculté des Lettres d’Aix-en-Provence où elle obtient un certificat d’études latines. Au cours des années d’études universitaires, elle a occupé plusieurs postes d'enseignante. De 1941 à 1943, elle enseigne le français et le latin à l'institut Masséna à Nice. Cet institut a à sa tête une directrice remarquable, Madame Canaguier, femme d'un certain âge qui a beaucoup de présence et qui conseille et soutient avec beaucoup d'intelligence ses enseignants. Elle marque beaucoup Suzanne. De 1943 à 1944, elle enseigne le latin à l'institut Jeanne de France à Nice. En novembre 1943, à l’instigation de certains condisciples, elle s'inscrit en licence de philosophie à Aix-en-Provence où elle prépare et obtient le certificat d’esthétique. En 1944, elle est collaboratrice à la rédaction du Patriote niçois dans l’espoir d’accéder à un poste de grand reporter. Faute de moyens financiers, il lui a fallu renoncer à ce rêve de jeunesse. De 1944 à 1945, elle est professeur de français, de latin, d’histoire et de géographie à l'institut Masséna à Nice. En juin 1946, de retour à Paris et inscrite à la Sorbonne, elle termine sa licence de Philosophie.
Afin d'avoir une formation professionnelle, elle s'inscrit au centre d’études et de formation du service social du travail, qui dépend du ministère du Travail et de la Sécurité sociale en vue de l'obtention du diplôme de conseiller du travail institué dans le cadre de l’ordonnance du 22 février 1945 créant les comités d’entreprise.
De novembre 1946 à mai 1947, elle suit des cours théoriques, sanctionnés par un premier diplôme en mai 1947. Pendant cette même année, elle suit des stages en milieu professionnel, pendant lesquels elle occupe un poste d'ouvrière. Ainsi, en juin 1947, elle travaille dans un laboratoire pharmaceutique à Paris, et en juillet 1947, elle fait un stage dans l'usine Schappe à Saint-Rombert-en-Bugey. Elle effectue également un stage à l’institut national d’orientation professionnelle et un stage de culture populaire avec le concours de DEC et de TEC. En mars 1948, elle obtient avec succès le diplôme de conseiller du travail. Elle adhère à l'Association amicale des anciens élèves de l’école des conseillers du travail. Elle y conserve toute sa vie des contacts amicaux avec ses condisciples, qui occupent des postes dans l'industrie et dans d'autres secteurs.
En 1948, à la demande de Jane Sivadon (résistante héroïque, assistante sociale et diplômée de l'école des surintendantes d'usine), directrice du centre d’études et de formation du service social du travail, Suzanne est attachée bénévolement au service social de l’Association nationale des anciennes déportées et internées de la Résistance. Jane Sivadon, tenant en haute estime Suzanne Baumé, lui présente son frère, le Dr Paul Sivadon, médecin-chef du service psychiatrique asilaire de Ville-Évrard, et l'incite à prendre un poste de conseillère du travail dans le service psychiatrique de ce dernier.
Le 7 juillet 1947, grâce aux dispositions de la convention passée entre la préfecture de la Seine et la caisse régionale de sécurité sociale, le service asilaire de Ville-Évrard devient ainsi le centre de traitement et de réadaptation sociale de Ville-Évrard (CTRS), qui a pour but d’aménager à la fois des conditions d’hospitalisation et des possibilités thérapeutiques. Ainsi Suzanne devient pionnière dans la création de services et d’établissements psychiatriques de soins et de réadaptation en dehors de l’hôpital psychiatrique. Du 1er mai 1948 au 31 décembre 1961, c'est elle qui occupe le poste de conseillère du travail du CTRS.
Après quatre années de travail dans l'association, de juillet à novembre 1952, elle bénéficie d'une bourse Fulbright pour effectuer un voyage d’études à l’invitation du Département d’État des États-Unis d’Amérique. Avant son départ aux États-Unis elle décide d'adhérer à l’Association des femmes françaises diplômées de l’université (AFFDU) qui a des liens avec des Américaines qui vont la recevoir et lui faire connaître leur pays. Ainsi elle aura de nombreux contacts dans toutes les villes visitées. Son voyage porte sur l'étude des techniques de soins et des mesures prises en faveur de la réadaptation sociale et professionnelle des malades et anciens malades mentaux, ainsi qu’en faveur du mieux être des travailleurs dans l’entreprise. Cette bourse était, en principe, de 8 mois, mais pour les besoins de son activité au CTRS, Suzanne a demandé à limiter à 4 mois son séjour aux USA. Ceci ne l’a pas empêchée d’effectuer un vaste circuit, avec des contacts professionnels approfondis dans différents endroits. A Washington, les services de la Federal Security Agency organisent un programme de visites et d'entretiens dans de nombreux services psychiatriques et foyers d'insertion, ainsi que des rencontres avec les directions du personnel de différentes entreprises industrielles et organismes d’entraide (exemple : Swist Cie).
Aux États-Unis, elle visite à Topeka (Kansas) la Menninger Foundation où elle fait la connaissance de Georges Devereux, fondateur de l'ethnopsychiatrie, avec lequel s'amorce une relation amicale suivie tout au long de leurs vies. Elle se rend à l’hôpital des vétérans de Palo Alto (Californie), ainsi qu'à Los Angeles. Elle noue des contacts avec les indiens Pueblos à Albuquerque et Santa Fé (Nouveau Mexique). Elle s'est rendue également à la Nouvelle Orléans (Louisiane), à Salt Lake City (Utah), à Chicago (Illinois), à Détroit (Michigan) où elle visite les services sociaux des entreprises d’automobiles, et ceux de l'entreprise Kodak à Rochester (État de New York), à Boston (Massachusetts), à Baltimore (Maryland) et à New York.
Après son retour des États-Unis, elle adhère à France Atlantique, présidée par Gaston Berger, qui avait dirigé, à Nice, ses certificats de licence d’esthétique, de psychologie, de morale et sociologie.
A son retour des USA, elle est chargée, au sein du CTRS, de l’organisation du travail thérapeutique, en concertation avec les médecins et les ergothérapeutes, et, surtout, de l’orientation professionnelle et de la formation professionnelle (en préparant les malades à suivre des stages spécialisés organisés par divers organismes tels l’AFPA, Auxilia, le centre Suzanne Masson, Vivre), ainsi que, si possible, de la remise au travail. Elle fut la première à faire admettre des malades mentaux dans ces stages créés pour les travailleurs handicapés physiques, moyennant un suivi vigilant auprès des stagiaires et des formateurs. Elle établit aussi de nombreux contacts avec des entreprises, des associations patronales, telle l’Association des jeunes patrons, les services médicaux et sociaux du travail, les représentants du personnel et des syndicats. Par ailleurs, et dans le même temps, elle est animatrice du centre de psychopathologie du travail de l’Élan, premier foyer de post-cure psychiatrique, et des sessions d’enseignement théorique et pratique organisées dans ce cadre. Il lui est loisible, en renforçant ces liens, de favoriser l’évolution des mentalités dans le sens d’une meilleure compréhension, par le public, de la maladie mentale et de la psychiatrie. Ainsi, dans cette situation particulière, la conseillère du travail a également un rôle pédagogique.
Le 20 juillet 1948, Suzanne devient fondatrice, aux côtés du Dr Paul Sivadon, de l’association l’Élan retrouvé. Du 20 juillet 1948 au 31 décembre 1961, elle occupe le poste de secrétaire générale adjointe du conseil d’administration de l’association l’Élan retrouvé (le Dr Sivadon en étant le secrétaire général en titre et lui ayant dévolu toutes les initiatives et activités qui s’y rattachaient).
En 1951, un local ayant été attribué à l’Élan pour créer le premier foyer de post-cure, elle renonce avec tristesse à accepter la proposition de l’Alliance Française de créer une antenne au Brésil.
Suzanne Baumé, très attachée à son titre et à sa fonction de conseillère du travail, s’est longtemps efforcée de faire reconnaître ce poste par la préfecture de la Seine. Elle n’a accepté le poste de directeur de l’association l’Élan retrouvé (au détriment de sa situation financière) que lorsque le conseil général de la Seine a fini par reconnaître l’intérêt de cette action originale en créant, lors de sa séance du 24 juin 1959, un poste de conseiller du travail contractuel dans le cadre des personnels de l’hôpital de Ville-Évrard. Malheureusement, ce poste n’a jamais été occupé. Conjointement, en sa qualité de secrétaire générale de l’association l’Élan retrouvé, elle a été l’inspiratrice de multiples actions pour faire sortir les malades et la psychiatrie de l’hôpital asile. Elle imagina, créa, organisa et fit fonctionner, pour la première fois en France, des formules inédites de soins, de réintégration au sein de la société et de réadaptation au travail : club thérapeutique, foyer de post-cure, vaste hôpital de jour de 130 places avec une équipe thérapeutique nombreuse et diversifiée, service de médecine psychosomatique, service de soins et sociothérapie, établissements et services implantés dans Paris dans des immeubles anonymes. Ces prototypes, dont le but n’était pas de doubler la tâche des organismes publics mais de la suppléer et de la compléter, une fois soumis à l’épreuve du réel et du temps, ont longtemps servi de modèles, tant en France qu’à l’étranger. Ils ont tous été admis à participer à l’exécution du service public hospitalier par décret du 14 octobre 1977.
Du 1er janvier 1962 au 1er octobre 1991, date de la cessation de ses fonctions, elle est directrice de l’association l’Élan retrouvé. Ses fonctions sont celles de tout directeur d’une association privée, à but non lucratif, selon la loi de 1901, dans le secteur sanitaire. Les tâches administratives devenant de plus en plus lourdes, elle doit, à son grand regret, abandonner son rôle thérapeutique auprès des malades, espérant toutefois, étant donné le double rôle qu’elle avait été amenée à tenir, pouvoir réconcilier les pouvoirs médicaux et administratifs – sans, hélas ! pouvoir y réussir pleinement.
Dans les grandes lignes, la fonction de directeur consiste, sous l’autorité, ou plutôt, en accord avec le conseil d’administration, à poursuivre et à développer l’activité de l’association en ce qui concerne la création de nouveaux établissements et services la recherche et le choix de locaux appropriés, la recherche de subventions, la définition avec l’architecte des travaux d’aménagement, le suivi, la mise en place administrative de la structure, ainsi que les actions en faveur de l’évolution des créations antérieures pour répondre aux besoins nouveaux des malades.
Parmi les dernières réalisations de Suzanne Baumé, dans sa fonction de directeur, on peut ainsi noter le développement et l’installation dans un site différent de celui de l’hôpital de jour (alors dénommé institut de psychiatrie La Rochefoucauld) du service de médecine psychosomatique – permettant la création d’un laboratoire d’hypnose – et du service de soins et de sociothérapie dont l’activité put aller en croissant régulièrement; la création d’un hôpital de jour avec atelier de réadaptation à Colombes, la négociation avec la Ville de Paris pour l’obtention d’un vaste local brut de décoffrage dans un immeuble en voie d’achèvement, pour y transférer les services de médecine psychosomatique et de soins et de sociothérapie dont le bail, dans le précédent local, n’avait pas pu être renouvelé, et y créer un service d’alcoologie qui n’existait pas encore à l’Élan.
En tant que conseillère du travail, elle maintient des activités classiques comme des relations avec les autorités de tutelle et les diverses administrations concernées, ainsi qu'une participation active à la commission de psychiatrie au sein de la fédération d’employeurs (FEHAP) et des relations avec les autres établissements psychiatriques publics et privés : établissement des réseaux.
En 1963, elle participe à la création du centre de recherche et d’enseignement de l’Élan, en partenariat avec l’École Pratique des Hautes Études. Elle contribue à la direction de diverses recherches sous contrats (notamment avec la CECA) portant sur les divers aspects de la psychopathologie. En septembre 1971, à Léningrad, elle participe à des journées d’études franco-russes portant sur la création et le fonctionnement des hôpitaux de jour en France et en Russie. Du 1er au 5 octobre 1979, elle s'investit dans le soutien logistique à l’organisation du 1er symposium international sur l’inconscient tenu à Tbilissi (Géorgie), auquel elle participe. Le 6 novembre 1978, elle assiste à la célébration au Palais du Luxembourg du trentenaire de l’Association l’Élan Retrouvé. Suzanne a eu une importante activité associative dans le domaine de la psychiatrie, elle est membre fondateur et/ou administrateur de différentes associations psychiatriques de Paris. De la date de sa création, le 12 février 1958, au 22 juin 2005, date de sa démission, elle est membre fondateur et administrateur de l’association Santé Mentale, et lutte contre l’alcoolisme dans le 13ème arrondissement (ASM 13, première association de secteur pour les soins aux adultes et enfants du 13ème arrondissement de Paris). Du 3 juin 1960 au 6 mars 1996, elle est membre fondateur et administrateur de l’Association de soins et de prophylaxie extra-hospitalière et de réadaptation (ASPER). Il est à signaler que le Pr Sivadon en a été le premier président et Mme Simone Veil, la première trésorière, du 1er juillet 1960 au 11 juillet 1973, date de sa démission. Du 25 février 1975 au 30 janvier 2002, date de sa démission , elle est membre fondateur, administrateur et trésorier de l’Association française de psychiatrie et de psychologie sociales (AFPPS). Du 18 juin 1980 au 20 avril 2005, date de sa démission, elle est membre fondateur, administrateur, secrétaire générale du Groupement pour l’étude et les applications médicales de l’hypnose (GEAMH). Du 22 juin 1992 au 30 août 1996, date de sa démission, elle est administratrice du Centre Étienne-Marcel. Elle en est la secrétaire générale, du 28 septembre 1994 au 30 août 1996. Elle participe activement à la commission de gestion des majeurs protégés, du fonds d’aide aux malades, et des fonds confiés à la gestion des majeurs protégés.
Toutes ces activités lui valent d'être décorée. Le 17 août 1961, elle est chevalier de l’ordre de la santé publique. Le 14 juillet 1979, elle est chevalier de l’ordre national de la légion d’Honneur.
Source : Archives de Suzanne Baumé et entretiens.
Auteure de la biographie : Evelyne Diebolt.
Voir le livre d’Évelyne DIEBOLT, De la quarantaine au quarantenaire: Histoire du foyer de postcure psychiatrique de l'Élan, publié par l'association l'Élan retrouvé, 1997, Paris, 191 pages